Rassemblant plus d’une centaine d’œuvres réalisées entre les années 1990 et 2000, le Musée de Lodève invite à découvrir l’art des Aborigènes d’Australie à travers un parcours mêlant peintures et sculptures. L’exposition propose de cheminer le long de pistes ocres à la découverte de cette culture immémoriale. Elle nous enseigne qu’une autre relation au territoire est possible, où l’Homme ne possède pas la Terre, mais vit en symbiose avec celle-ci.
L’art aborigène est bien plus qu’une tradition picturale. Il s’agit d’un système de connaissance, d’une structure de croyances et d’un modèle de vie qui guident les communautés depuis 65 000 ans. Dans les cultures aborigènes, l’art, le récit, la loi et la survie sont indissociables. La peinture, la cérémonie et le chant constituent des modes de pensée, des formes de transmission du savoir, de renouvellement des relations et de préservation de la vie.
Afin d’offrir aux visiteurs des voies d’accès à cette vision du monde complexe et si éloignée de la notre, l’exposition est organisée autour de trois thèmes. Les significations de ces trois thématiques sont profondément imbriquées et ne sauraient être véritablement dissociées.
Les œuvres sélectionnées proviennent de la collection Alison et Peter W. Klein. Elle compte aujourd’hui quelque 2350 œuvres d'art dont 400 d’art aborigène. Le couple d’entrepreneurs a commencé à s’intéresser à l’art dans les années 1980 et a collectionné activement jusqu’au décès de Peter W. Klein en 2023. Décidant ensemble des œuvres à acquérir, ils se fiaient entièrement à leur intuition et à leurs goûts : « Nous n'achetons que ce qui nous plaît. L'essentiel est qu'une œuvre d'art nous touche. Nous ne nous laissons pas influencer par les grands noms ou les tendances actuelles du marché de l'art », expliquent les collectionneurs. C'est ainsi qu'est née une collection d'une diversité sans pareil.
Tjala Arts, Seven Sisters, 2010
Un peu de géographie
L'Australie est le sixième pays au monde en termes de superficie. Avec ses 7 692 300 km2, il est l’équivalent de 14 fois la France et il faut faire 4000 km pour le parcourir d’est en ouest. Bordée par les océans Indien et Pacifique, l’Australie est la plus grande île du monde et le plus petit continent. Le pays est peu élevé en altitude, seulement 210 mètres en moyenne. Le mont Kościusko, le plus haut est à 2 228 mètres. L’île est constituée à 80 % de déserts arides. On en compte 10 situés au centre et au nord-ouest, dont le Grand Désert de Victoria, recouvrant 5 % du territoire.
Ses bordures, nord, est et sud, bénéficient de climats différents : tempéré, tropical ou subtropical. C’est dans ces zones que l’on rencontre une variété de paysages dont des forêts riches en biodiversité et en vie sauvage (ornithorynques, kangourous et wallabys, perroquets et émeus..) La plus grande partie de la population se concentre sur ces côtes et au sud. En effet, on y trouve les 5 principales villes qui regroupent à elles-seules près de 60 % de la population australienne.
Histoire de l’Australie
La datation de l’arrivée des premiers hommes en Australie fait encore débat. Selon les recherches les plus récentes, elle se serait produite, il y a - 65 000 ans. Ces Homo Sapiens taillaient la pierre pour créer des outils élaborés, chassaient, pêchaient et mangeaient des coquillages.
Éloignés des autres civilisations, ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que les Aborigènes auraient eu des contacts, surtout commerciaux avec leurs voisins et des européens. En effet, c’est en 1522, que l’explorateur portugais Cristóvão de Mendonça pose le premier pas sur l’île, puis le navigateur néerlandais, Willem Janszoon, en 1606. C’est d’ailleurs tout au long du XVIIe siècle que la Hollande tisse de forts liens commerciaux avec les pays de la région à travers sa Compagnie néerlandaise des Indes orientales.
En 1770, l’explorateur anglais, James Cook, accoste sur la côte orientale de l’île. C’est lors de cette expédition que Cook réalise des nombreux relevés cartographiques. La Grande-Bretagne prend alors possession de l’Australie qui est déclarée terra nullius, ʺterre inoccupéeʺ. Pourtant, il existait plus de 250 groupes d’Aborigènes au mode de vie semi-nomade présents à l’intérieur des terres. Chaque groupe possédait son propre territoire défini par des frontières naturelles, sa loi, ses mythes et sa propre langue. En 1770, il y avait plus de 250 langues existantes et un très grand nombre de dialectes. Le nom ʺAborigèneʺ est donné aux populations locales par les colons européens car ils pensent avoir trouvé un peuple primitif ; ʺaborigèneʺ vient du latin ab origine, signifiant ʺdepuis l’origineʺ.
En 1788, l’île devient une colonie pénitentiaire britannique. Près de 166 000 hommes, femmes et enfants sont envoyés en Australie pendant plus de 80 ans. Au cours du XIXe siècle, des prospecteurs découvrent de l’or dans deux états : le New South Wales et le Victoria. C’est le début de la ruée vers l’or. A partir de ce moment, des milliers d’immigrants en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord débarquent pour tenter de faire fortune. La population subit ainsi une hausse importante, augmentant de 454 000 habitants entre 1851 et 1859. Avec l’installation des colons à l’intérieur des terres, la main d’œuvre aborigène est exploitée, leurs terres sont spoliées et beaucoup d’entre eux sont déplacés et maintenus de force dans des camps.
La première moitié du XXe siècle jusqu’aux années 1970, est marquée par une politique d’assimilation forcée de la part du gouvernement australien. Plus de 50 000 enfants aborigènes sont enlevés et placés dans des familles blanches. Mais, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, des luttes et des revendications pour les droits des Aborigènes émergent dans tout le pays. Dans les années 1960, le droit de vote aux élections fédérales et la citoyenneté australienne leur sont accordés. En 1971, Neville Bonner est le premier Aborigène élu au Parlement australien. Puis en 1976, avec l’Aboriginal Land Rights Act, les Aborigènes de la région du Territoire du Nord obtiennent la restitution de terres ancestrales et retournent s’y installer. Plus tardivement en 1992, la Haute Cour australienne annule le principe de terra nullius de 1770.
C’est dans ce contexte d’émancipation et de reconnaissance des droits aborigènes que l’art aborigène contemporain trouve sa source, entre tradition ancestrale et modernité.
L’art australien a présenté durant longtemps deux formes différentes : l’art dit « colonial » ou « occidental » qui apparaît au XVIIIe siècle et l’art pratiqué par les Aborigènes depuis des millénaires.
L’art qui se développe en Australie avec l’arrivée des colons correspond aux styles en vogue dans les pays européens. Cependant, l’exploration de l’île implique aussi la réalisation d’œuvres à la portée scientifique. Sydney Parkinson est le premier artiste européen à arriver en Australie avec l’expédition de James Cook. Ses illustrations sont des témoignages uniques de la flore, de la faune et des peuples autochtones qui sont découverts sur l’île. Plus tard, le peintre John Glover, considéré comme le "père de la peinture de paysage australienne" s’installe en Australie en 1831. il réalise dans son nouveau pays des œuvres aux couleurs claires et lumineuses. Loin des brutalités que subissaient les Aborigènes, ses peintures idéalisées dans lesquelles il les dépeint, les montrent vivant librement dans une nature intacte. L’artiste Frederick McCubbin, né en 1855 à Melbourne est également l'une des figures importantes de la peinture de paysage. Dans une veine post-impressionniste, à partir des années 1880, il représente des paysages de bush australien dans lequel se perdait fréquemment des colons. Vers 1914, le modernisme se développe en Australie de la même manière qu’en Europe et aux États-Unis. Il se poursuit jusqu’en 1948. Ce mouvement à la teneur sociale, politique et culturelle s’impose en réaction à une industrialisation galopante et aux traumatismes des deux guerres mondiales.
L’art aborigène est quant à lui daté d’environ 65.000 d’années. En dehors des peintures rupestres et pariétales, la plupart des créations aborigènes étaient éphémères : peintures corporelles, dessins sur sable, peintures végétales au sol... Les gravures ou peintures sur les parois rocheuses présentent une diversité de motifs comme des empreintes de mains, de gibier, des poissons, des esprits, des silhouettes d’hommes et une multitude de formes géométriques. L’ensemble de ce répertoire est empreint de significations spirituelles et mythologiques et reflètent des périodes et des croyances bien distinctes d’un groupe d’Aborigènes à un autre. La production artistique des Aborigènes d’Australie, telle qu’on peut la voir aujourd’hui, s’est développée à partir du milieu du XXe siècle. Jusqu’à cette période, les pratiques artistiques de cette culture immémoriale étaient réservées à la sphère cérémonielle. Utilisant les parois de grottes, cailloux, écorces mais aussi des chants, danses et gestuelles comme support sacré de transmission, leur culture était principalement immatérielle et les cérémonies essentielles pour assurer la continuité spirituelle et culturelle des Aborigènes.
Gordon Inkatji, Wedgetail Eagle Man, 2008.
© blitz + pixel, Nussdorf
La demande pour cet art s’intensifiant, les artistes se sont trouvés face à un dilemme : garder leurs productions ou les diffuser tout en préservant une partie secrète. Afin de développer la seconde option, ils ont mis en place des stratégies pour protéger les significations profondes et préserver l’intégrité culturelle de leurs créations. La compréhension du spectateur est en fonction de son niveau d’initiation. Elle peut être superficielle ou complexe. Les Yolngu, groupe aborigène du nord de l’Australie appellent cela des interprétations « intérieures » et « extérieures ».
À partir des années 70, en réaction aux profonds bouleversements imposés aux sociétés aborigènes par la colonisation européenne depuis le XVIIIe siècle (spoliation des terres, déplacements forcés), une résistance identitaire s’est progressivement répandue. Durant cette période, des Aborigènes commencent à peindre sur des matériaux modernes (peinture acrylique et toile). C’est Geoffrey Bardon, professeur en arts plastiques et enseignant dans l’école de Papunya, qui en 1971, fournit pour la première fois du matériel à cette communauté. La diffusion de l’art aborigène s’est alors imposée comme un moyen de préserver et de transmettre des savoirs culturels menacés, participant ainsi à la survie des traditions et des identités aborigènes. Générant des revenus, elle a également permis d’assurer une subsistance matérielle aux communautés.
L’expression « Art aborigène » laisse entendre un corpus homogène de styles artistiques et d’histoires. Or, il n’en est rien. Environ 150 langues autochtones sont encore parlées aujourd’hui et chaque communauté possède ses propres pratiques rituelles. Toutefois, dans cette grande diversité, les groupes partagent des récits communs et fonctionnent en réseau comme un rhizome.
Aujourd’hui, une partie de l’art aborigène contemporain s’éloigne des seuls récits ancestraux pour se tourner vers une expression purement picturale ou expérimentale, tandis que d’autres artistes continuent de perpétuer les formes symboliques traditionnelles. Ces approches coexistent et témoignent de la vitalité d’une culture en constante évolution.
Ronnie Tjampitjina, Bushfire Dreaming, 2003
Les récits aux origines de l’art aborigène
Le « Temps du Rêve » est la traduction de Tjukurrpa (Australie centrale) ou Wangarr (Terre d’Arnhem, Territoire du Nord). Il fait référence aux récits fondateurs des peuples aborigènes. Ces histoires racontent l’origine du monde, des êtres et des paysages, transmettent les lois, les savoirs et les responsabilités que les communautés portent envers leur territoire. Plus qu’un simple mythe, « le Temps du Rêve » est un cadre vivant qui guide la vie quotidienne, l’ordre moral, les lois, les pratiques culturelles et la création artistique. Cette traduction ne reflète qu’une partie de sa complexité.
Au tout début du temps, il n’y avait rien, tout était plat. Les grands ancêtres sont sortis de terre et ont façonné la Terre. Dans leur sillage ils ont creusé les rivières, ont modelé les montagnes. Ils ont aussi créé l’eau, le vent, la pluie ou encore le feu. Puis, fatigués de leurs intenses activités, ils sont retournés dans le sol pour dormir. Les traces des actions des êtres créateurs sont encore visibles aujourd'hui : un escarpement marque le lieu de repos d'un grand serpent ancestral, une chaîne de rochers s’est formée à partir des corps de guerriers en combat, une rainure dans la roche a servi a affûter la lance d’un héros du « Temps du Rêve ».
Les cérémonies sont au cœur de la vie culturelle aborigène, elles mettent en scène les récits fondateurs. Parmi la multitude d'êtres mythiques, certains esprits sont représentés à travers des sculptures liées à des rituels. Celles-ci sont réalisées dans un bois tendre, l’eucalyptus. Quelques unes des sculptures de l'exposition symbolisent des esprits appelés Mimih. Ils vivent cachés dans les rochers tout en menant une vie parallèle à celle des hommes à qui ils auraient appris la chasse, l’usage des plantes médicinales, la danse, la peinture… leur histoire est enseignées aux enfants. Leur corps mince et fragile les empêche de sortir fréquemment de leur tanière, et dès que le vent se lève ils courent s’y réfugier. Les mimih sont habituellement bienveillants mais ils sont parfois dangereux au point de pouvoir enlever des enfants.
Leur représentation était avant limitée à la sphère cérémoniale, ils sont devenus avec la diffusion de l’art aborigène de véritables œuvres contemporaines.
Nawurapu Wunungmurra, Mokuy, 2017
Le tableau ci-contre est présenté horizontalement afin d’évoquer les techniques traditionnelles des artistes aborigènes qui peignent sur des toiles libres posées au sol. Cela renvoie aussi au motifs réalisés au sol pour les cérémonies.
L’œuvre est liée au mythe des sept sœurs. Cette histoire très répandue dans les communautés, comporte des versions différentes. En voici une variante simplifiée, du peuple des Warlpiri.
Un chasseur Tjampijinpa tombe amoureux de sept sœurs Napaltjarri, sauf que leur amour est impossible car ils appartiennent à deux groupes d’une même communauté qui n’ont pas le droit de se marier ensemble. Pour fuir le chasseur, les sœurs escaladent une colline et s’envolent dans le ciel. Elles se transforment en feu pour devenir les étoiles des pléiades. Hélas, dans le ciel, il y a l’étoile du matin, un homme Tjakamarra qui est séduit par l’une des sœurs. Son amour aussi est impossible. Il les poursuit la nuit jusqu’à ce qu’elles se réfugient sur terre lorsque le jour arrive. Ainsi, tous les jours et toutes les nuits, les sept sœurs échappent à leurs courtisans…
L’art comme langage sacré
Pour les peuples aborigènes, les événements ancestraux comme historiques sont « inscrits dans la terre ». Le paysage sert d’archive et de « bibliothèque », conservant depuis des millénaires les connaissances relatives à l’histoire, au droit, à l'ordre moral, à la loi et à la survie. Ces événements et leurs significations inspirent peintures, cérémonies, danses et chants, assurant la continuité culturelle et spirituelle et réaffirmant les liens entre les peuples et leur pays. Ils sont transmis de génération en génération.
L’art aborigène ne cherche pas à montrer le monde de façon réaliste, mais à en dévoiler la dimension spirituelle par des représentations graphiques : hachures, lignes, points, traces…
C’est l’anthropologue Nancy Munn qui a identifié dans les années 1960 le répertoire des signes warlpiri, comme véritable système graphique structuré avant même qu’ils soient reproduits sur toile. L’iconographie de ces signes se base sur un ensemble de motifs appelés kuruwarri, des formes simples qui transcrivent des traces laissées sur le sol et dans le paysage. Ces motifs, combinés à des chants, sont utilisés comme support narratif pour décrire le « Temps du Rêve », c’est-à-dire les récits relatant la création du monde par les grands esprits.
L’art aborigène est donc une forme de cartographie (vue du ciel), une écriture sacrée du monde. Tout ce qui est représenté est signifiant et non décoratif.
Les peintures, gravures et motifs corporels sont à la fois des supports de narration, ils racontent des récits et des support de transmission, de la mémoire du clan et des règles de la vie collective. Chaque forme possède une signification précise. Il arrive que certaines d’entre elles ont un même sens pour différentes communautés. Ce système de signes qui compose l’art aborigène, révèle une façon unique de percevoir les paysages australiens, très éloignée de la tradition occidentale. Le paysage prend la forme d’une représentation transversale. Le paysage n’est pas construit autour d’une ligne d’horizon ou d’un point de fuite. Mais il est vu de haut, comme une vue aérienne. Il n’y a pas de perspectives, ni de respect des proportions. Le paysage est donc composé à la l’horizontale et non à la verticale.
Ce mythe permet de rappeler à la communauté une règle ancestrale : il ne faut pas épouser une personne d’un nom de peau (skin name) opposé au sien. Ce nom de peau est différent de celui de la mère et du père. Tous ceux qui partagent le même nom de peau sont des frères ou des sœurs. L’artiste qui a peint cette toile est un frère des sept sœurs car il est Tjapaljarri. Il représente d’ailleurs un épisode mystérieux de l'histoire des sept sœurs dans lequel leur frère et leur père ont voyagé dans le bush sur plus de 550 km pour arriver au site sacré de Yanjirlypirri (à l'ouest de Yuendumu). Depuis, différentes communautés du désert se retrouvent sur ce site marqué par une colline et un point d’eau pour initier les jeunes garçons aux lois.
Des symboles de l’eau
https://www.aboriginalsignature.com/signes-aborigenes
Dans l’œuvre ci-dessous qui évoque le mythe de l’émeu de l’outarde, on retrouve certains signes très courants dans l’art aborigène. Là, des flèches situées en bas à gauche signalent les empreintes d’un émeu. Apparaissent aussi des lignes plus ou moins sinueuses ainsi que des cercles concentriques. Ces derniers peuvent représenter à la fois un point d’eau, un campement, un trou où trouver des racines ou le lieu d’émergence d’un ancêtre. Son sens dépend de son environnement. Pour l’initié, les peintures sont donc des cartes géographiques où apparaissent des itinéraires sacrés. Le désert se révèle ainsi un immense réseau de pistes reliant différents peuples.
Le récit de l’émeu et de l’outarde explique pourquoi les émeus ne volent pas et pourquoi l’outarde ne pond pas plus de deux œufs par couvée.
L’outarde, jalouse de l’émeu parce qu’il vole et court vite, lui dit que la plupart des oiseaux savent voler et qu’il est plus prestigieux de marcher, comme les humains et les outardes. Le soir même, l’émeu se coupe ses ailes avec une hache. Le lendemain, il propose de faire la course avec l’outarde mais elle le dépasse en volant puis se moque de lui. Quelques années après, l’émeu et ses deux plus forts rejetons croisent l’outarde qui est épuisée de chasser continuellement pour nourrir ses petits tous maigres. L’émeu lui dit alors qu’il n’a gardé que deux enfants, ainsi, ils peuvent être forts et en bonne santé. Le soir même, l’outarde tue ses petits à l’exception de deux d’entre eux. Le lendemain, les oiseaux se recroisent et l’émeu se moque de l’outarde : la force d’un oiseau ne réside pas dans sa capacité à voler mais dans son nombre de descendants, lui en a 14 ! Voilà pourquoi les émeus ne volent pas et les outardes ne pondent que deux œufs par couvée.
Les chants des pistes
Pour les Aborigènes, la terre n’est pas une propriété mais un être vivant. Créer une œuvre, c’est honorer la terre et maintenir l’équilibre entre les humains, les ancêtres et la nature. L’art aborigène est une expression vivante des récits du « Temps du Rêve », un pont entre le passé mythique, le présent des hommes et la continuité du monde. Les songlines (chants des pistes) sont des itinéraires sacrés tracés par les ancêtres. Ils traversent le territoire australien et sont chantés, racontés et peints. Les chants des pistes fonctionnent comme de véritables systèmes de connaissance, comparables aux grandes traditions orales du monde. Ils codifient des informations essentielles à la navigation localisant des ressources, permettant la gestion des territoires, le respect des lois. Les cultures aborigènes transmettant leurs connaissances oralement, les récits sont intégrés à la danse, au chant.
L’art permet de :
maintenir le lien spirituel avec la terre
perpétuer les récits fondateurs
Modalités de visite
- Visite guidée : visite animée par un(e) médiateur(trice) du musée, adaptée aux enfants de chaque âge. 40 minutes pour le cycle 1 (visite guidée en demi-classe en fonction de l’effectif de la classe pour ce cycle), 45 minutes pour les cycles 2, 3, 4, lycéens et étudiants.
- Visite en autonomie : venez seul(e) avec votre classe en vous appuyant sur le dossier pédagogique et les cartels présents dans l'exposition.
Renseignements et réservations
Service éducatif musée-patrimoine
Sophie Clarinval
scolaires.museepatrimoine@lodevoisetlarzac.fr
04 11 95 02 16
Ginger Wikilyiri, Kalayaku Munu Kiparaku Tjukurpa, 2009 © ADAGP Paris 2026
Paddy Sims Japaljarrri, Yanjirlpirri Jukurrpa, Rêve d’étoile (ou rêve étoilé), 2007
Tjungkara Ken, Seven Sisters (les 7 soeurs), 2011 © ADAGP Paris 2026
Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le regard porté sur les créations aborigènes est essentiellement ethnographique. Elles sont considérées comme une manifestation encore vivante de pratiques dites ʺprimitivesʺ. Il faut attendre le début du XXe siècle pour que leur production soit considérée sous un angle différent. Dès 1912, l’anthropologue Baldwin Spencer se rend pour la première fois à l’ouest de la Terre d’Arnhem afin de recueillir des peintures sur écorces. Il est persuadé du caractère artistique de ces pratiques. Grâce au travail de l’anthropologue, la Terre d’Arnhem occidentale a connu une production intense de peinture sur écorce, pour répondre à la demande d’un nouveau marché, loin des fonctions rituelles d’origine. Ce fut en effet, le début d’une révolution pacifique, qui a permis aux Aborigènes de s’adapter aux exigences du monde moderne et du monde de l’art. En 1950, l’artiste, ethnologue et collectionneur français, Karel Kupka commence à constituer une collection d’art aborigène. La Art Gallery of New South Wales est le premier musée en Australie à acquérir et exposer de l’art aborigène à la fin des années 1950.
adresse postale
1 place Francis Morand
34700 Lodève
France
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